Deux carreaux peuvent se ressembler en magasin et ne pas vieillir du tout de la même façon. La différence se lit sur la fiche technique, pas sur l’échantillon. Trois indicateurs suffisent à écarter la plupart des mauvais choix : le classement UPEC du local, le PEI pour les carreaux émaillés et l’absorption d’eau.
Le classement UPEC : on classe le local, pas seulement le carreau
UPEC est un référentiel du CSTB. Chaque lettre correspond à une sollicitation :
- U, usure à la marche : usure, tassement, rayures. Niveaux U2, U2s, U3, U3s, U4 ;
- P, poinçonnement : mobilier, chariots, objets qui tombent. Niveaux P2, P3, P4, P4s ;
- E, comportement à l’eau, entretien compris. Niveaux E1, E2, E3 ;
- C, tenue aux agents chimiques et aux taches. Niveaux C0, C1, C2.
Le principe est simple : on classe d’abord le local, puis on choisit un revêtement dont le classement est au moins égal. Quelques valeurs de l’édition en vigueur, le cahier CSTB 3782_V2 : séjour U2s P2 E1 C0, cuisine de logement U2s P3 E2 C2, salle de bain U2s P2 E2 C1, entrée avec accès direct sur l’extérieur U3 P2 E1 C0, petit commerce en rez-de-chaussée U3s P3 E2 C1.
Attention aux tableaux qui circulent : beaucoup reprennent des éditions de 1997 ou 2004 et donnent des valeurs différentes pour la même pièce. Pour un chantier tertiaire, je me réfère au cahier 3782_V2 et je fais valider le classement avec le maître d’ouvrage.
Un point utile en carrelage : la céramique est toujours E3, parce que le matériau lui-même est insensible à l’eau. Ce n’est donc jamais le carreau qui limite en pièce humide, mais le système : support, protection à l’eau, joints, étanchéité de la douche à l’italienne.
Le classement UPEC n’est pas une obligation légale en soi. Il devient contractuel quand un marché ou un DTU le vise. L’objectif affiché du référentiel est une durabilité d’au moins dix ans avec un entretien adapté.

Le PEI : seulement pour les carreaux émaillés
Le PEI mesure la résistance de l’émail à l’abrasion, selon la norme EN ISO 10545-7. Le mécanisme est concret : le sable et les poussières coincés sous les semelles agissent comme un papier de verre sous forte pression.
- PEI II : trafic très léger, chambres, salles de bain ;
- PEI III : trafic léger, entrées et dégagements, cuisines exclues ;
- PEI IV : trafic normal, logement avec cuisine, bureaux, commerces, restaurants ;
- PEI V : trafic élevé.
En correspondance avec l’UPEC : U2 équivaut à PEI II, U2s à PEI III, U3 à PEI IV, U3s à PEI V.
Si la fiche technique n’affiche pas de PEI, ce n’est pas forcément un défaut : un grès cérame pleine masse n’a pas d’émail à user. Sa résistance se mesure alors selon l’ISO 10545-6, avec un critère de perte de matière de 175 mm³ au maximum.
L’absorption d’eau : le critère qui décide de l’extérieur
Mesurée selon l’ISO 10545-3, elle classe les carreaux par groupes. Le préfixe indique le façonnage : A pour extrudé, B pour pressé à sec.
- BIa : absorption inférieure ou égale à 0,5 %, c’est le grès cérame ;
- BIb : de 0,5 à 3 % ;
- BIIa : de 3 à 6 % ; BIIb : de 6 à 10 % ;
- BIII : plus de 10 %, c’est la faïence, réservée aux murs.
Moins un carreau absorbe d’eau, moins il en contient quand il gèle, et moins il risque d’éclater. La résistance au gel se déclare séparément, selon l’ISO 10545-12 : sur une terrasse ou une margelle de piscine, je vérifie les deux, pas seulement le groupe. Autre conséquence : un carreau à faible porosité impose le double encollage, parce qu’il n’aspire pas la colle.
Les pièges que je vois le plus souvent
- Poser de la faïence murale au sol. Un carreau mural n’a pas de classement UPEC et se situe généralement en PEI 0 : rien ne garantit sa tenue au piétinement. Sa porosité, souvent au-delà de 10 %, en fait un mauvais candidat au sol.
- Choisir un carreau de sol pour un mur sans vérifier le poids. C’est possible, mais le format mural est limité et le double encollage devient obligatoire au-delà de 500 cm².
- Regarder le R plutôt que la classe pieds nus dans une douche. Le classement R se mesure chaussé. Pour une douche, c’est le classement pieds nus qui compte, comme je l’explique dans le guide sur la glissance.
- Opposer pleine masse et émaillé en termes de résistance. Un émaillé peut atteindre PEI V. La vraie différence est la visibilité du défaut : sur un pleine masse, la couleur traverse le carreau, un éclat se voit à peine ; sur un émaillé, il révèle une teinte différente.
Questions fréquentes
Quel classement UPEC pour une salle de bain ?
Le cahier CSTB 3782_V2 classe la salle de bain de logement en U2s P2 E2 C1. En céramique, le carreau est toujours E3 : c’est le système d’étanchéité et les joints qui font la différence, pas le carreau.
Le PEI est-il un gage de qualité ?
C’est un indicateur de résistance de l’émail à l’abrasion, pas une note globale. Pour un sol de logement avec cuisine, on vise PEI IV. Un grès cérame pleine masse n’a pas de PEI, et ce n’est pas un défaut.
Quel carrelage pour une terrasse en Gironde ?
Un grès cérame de groupe BIa, avec une résistance au gel déclarée selon l’ISO 10545-12 et une classe de glissance adaptée. Le format est limité par le DTU en extérieur, et les règles professionnelles de 2023 ouvrent les plus grands formats.
Peut-on poser du carrelage mural au sol ?
Non. La faïence murale n’a pas de classement UPEC, elle est trop poreuse et trop fragile pour supporter le passage. L’inverse est possible, dans les limites de format et de poids du DTU.
Sources
- FFB, e-cahier 3782_V2 classement UPEC des locaux
- Chapes Info, mise à jour du classement UPEC
- Classement PEI des carreaux émaillés
- Villeroy & Boch, résistance à l’abrasion et à l’usure
- ISO 13006, classification des carreaux céramiques
Vous hésitez entre deux carreaux pour votre chantier ? Envoyez-moi les fiches techniques, je vous dis lequel tiendra : me contacter.
Pour aller plus loin : grès cérame émaillé ou pleine masse.
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