On choisit longuement son carrelage, et on décide de la couleur des joints en trois secondes au moment de payer. C’est dommage, parce que le joint représente une part visible de la surface, il encadre chaque carreau et c’est lui qui vieillit le plus vite. Il existe d’ailleurs une norme pour le classer.
Ce que dit le classement NF EN 13888
La norme NF EN 13888 distingue deux familles de mortiers de jointoiement :
- CG, mortier de jointoiement à base de ciment. CG1 satisfait aux exigences de base, CG2 ajoute des performances optionnelles.
- RG, mortier de jointoiement à base de résine réactive, autrement dit le joint époxy, qui répond aux exigences les plus sévères.
Deux lettres complètent le classement : W pour une absorption d’eau réduite et A pour une résistance élevée à l’abrasion. Un joint CG2 WA doit ainsi rester sous 1 000 mm³ d’usure à l’abrasion, sous 2 g d’absorption d’eau après 30 minutes et 5 g après 240 minutes, avec un retrait inférieur à 3 mm par mètre. Ce sont ces valeurs qui expliquent pourquoi un joint de base se creuse dans un couloir et se tache en douche, alors qu’un CG2 WA tient.

La largeur du joint n’est pas une question de goût
Le joint absorbe les écarts de dimension des carreaux, les petits mouvements du support et les variations de température. Poser à joint nul, ou presque, c’est se priver de cette réserve : au premier mouvement, ce sont les bords des carreaux qui travaillent, et ils s’écaillent. Plus le carreau est grand, plus la tolérance dimensionnelle est importante, et plus le joint doit pouvoir la rattraper. En extérieur et sur un plancher chauffant, les écarts de température imposent des joints plus généreux qu’en intérieur.
En pratique, le fabricant indique la plage admise pour son produit, et le format du carreau, rectifié ou non, fixe le reste. Un carreau rectifié, aux arêtes calibrées, accepte un joint fin ; un carreau non rectifié a besoin d’un joint plus large pour absorber les différences.
La couleur change le rendu plus que le carreau
- Joint ton sur ton : la surface paraît continue, les défauts d’alignement se voient moins. C’est le choix pour un grand format ou un effet béton.
- Joint contrasté : le calepinage devient un motif. Très efficace avec un carreau métro ou un hexagone, mais impitoyable sur une pose approximative.
- Joint clair au sol : à éviter dans une entrée ou une cuisine, il marque vite malgré un traitement hydrofuge.
- Joint foncé en douche : plus tolérant à long terme que le blanc, qui laisse voir le moindre dépôt.
Quand le joint époxy se justifie
Le joint résine réactive ne se tache pas, résiste aux produits agressifs et conserve sa teinte. Il est donc pertinent derrière un plan de travail, dans une douche très sollicitée, sur une crédence de cuisine ouverte ou dans un local professionnel. En contrepartie, il coûte plus cher, se travaille par petites surfaces, demande un nettoyage immédiat et ne pardonne pas l’approximation. Pour un sol de séjour, un CG2 WA est un meilleur rapport résultat sur contrainte.
Ce qui fait vraiment durer un joint
- un support sec et des carreaux bien collés, car un carreau qui bouge casse le joint quel que soit son classement
- des joints remplis sur toute leur profondeur, pas seulement lissés en surface
- un nettoyage du voile de ciment fait à temps, avant qu’il ne fige
- des joints périphériques et de fractionnement en mastic souple, jamais en mortier, pour laisser le carrelage travailler
Pour la reprise de joints existants, voir la page refaire les joints de carrelage. Pour le choix de la colle, voir le guide des mortiers-colles, et pour le vocabulaire, le lexique du carrelage.
Questions fréquentes sur les joints de carrelage
Quelle différence entre CG1 et CG2 ?
CG1 répond aux exigences de base de la norme NF EN 13888. CG2 ajoute des performances optionnelles, avec les mentions W pour l’absorption d’eau réduite et A pour la résistance à l’abrasion. En pièce humide et dans les pièces de passage, un CG2 WA est le minimum raisonnable.
Peut-on poser un carrelage sans joint ?
Non, pas au sens strict. Le joint absorbe les tolérances dimensionnelles des carreaux et les mouvements du support. Sans lui, les arêtes des carreaux s’écaillent. On peut poser à joint fin avec des carreaux rectifiés, ce qui n’est pas la même chose qu’un joint nul.
Le joint époxy est-il vraiment plus résistant ?
Oui sur les taches et les produits chimiques, et il garde sa couleur. Il est en revanche plus cher, plus exigeant à la mise en œuvre et inutile dans une pièce peu sollicitée.
Quelle couleur de joint choisir en douche ?
Une teinte moyenne à foncée vieillit mieux qu’un blanc pur, qui laisse voir les dépôts. Le plus important reste le classement du mortier et l’étanchéité située sous le carrelage.
Faut-il traiter les joints après la pose ?
Un hydrofuge peut aider sur un joint ciment clair, en limitant l’absorption des salissures. Ce n’est pas un substitut à un mortier de bonne classe, et le traitement se renouvelle.
Source : classement des mortiers de jointoiement selon la norme NF EN 13888, valeurs de performance publiées par les fabricants, par exemple la documentation technique Sopro.
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