Pose collée du carrelage : ce que le NF DTU 52.2 impose vraiment

17 septembre 2026

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Application du mortier-colle au peigne avant la pose d'un carrelage

Sur un chantier de carrelage, la pose elle-même ne représente qu’une partie du travail. L’essentiel se joue avant : l’état du support, son humidité, sa planéité. Le texte de référence en France est le NF DTU 52.2, révisé en septembre 2022, qui encadre la pose collée des carrelages et des pierres naturelles, en sol comme en mur, à l’intérieur comme à l’extérieur. Voici ce qu’il impose, et ce que ça change concrètement sur un chantier.

Ce que couvre le NF DTU 52.2, et ce qu’il ne couvre pas

Le DTU s’applique aux murs intérieurs et extérieurs, ainsi qu’aux sols posés directement sur dalle ou plancher. Il traite aussi les locaux humides jusqu’au classement EC, avec un système de protection à l’eau sous carrelage. Depuis la version de 2022, il intègre l’application d’un SPEC en résine sous carrelage mural, dans les zones de douche et de baignoire.

Ses limites sont tout aussi importantes à connaître, parce que sortir du DTU change la couverture d’assurance :

  • les planchers chauffants relèvent d’autres textes (NF DTU 65.14 pour l’eau chaude, cahier CSTB 3606 pour l’électrique) ;
  • la pose sur un carrelage existant n’est pas traitée par le DTU mais par des cahiers des prescriptions techniques du CSTB ;
  • les locaux à trafic très lourd classés P4 et P4S sont exclus ;
  • l’extérieur au-dessus de 900 m d’altitude sort du domaine ;
  • les formats maximaux sont bornés : 3 600 cm² en mur intérieur, 10 000 cm² en sol intérieur avec le cahier CSTB 3666, 2 200 cm² en sol extérieur. Les règles professionnelles « terrasses extérieures collées » de 2023 montent jusqu’à 8 100 cm² en extérieur et sont acceptées depuis janvier 2024 par la commission prévention produits, ce qui les rend assurables.
Carreau posé sur un lit de mortier-colle peigné
Photo d’illustration

La planéité du support : la vraie cause des carrelages ratés

Un carreau ne corrige pas un sol. Il le révèle. Le DTU demande une planéité de 5 mm maximum sous la règle de 2 m pour les sols et les murs intérieurs, 7 mm sur un béton brut de décoffrage. Pour les grands formats en mur, il faut en plus 1 mm maximum sous le réglet de 20 cm, et les cahiers grands formats descendent à 3 mm sous la règle de 2 m.

En pratique, je contrôle à la règle avant de commander la colle :

  • un défaut localisé de moins de 10 mm se rattrape au mortier-colle, la veille de la pose ;
  • un défaut supérieur à 10 mm ou généralisé impose un ragréage avec un enduit classé P3 au minimum, ou une remise à niveau du sol ;
  • plus le carreau est grand, moins il pardonne : sur du 60×120, un millimètre d’écart se voit à la lumière rasante et s’accroche sous le pied.

C’est la raison pour laquelle je facture parfois une préparation de support que personne n’avait prévue. Ce n’est pas du zèle, c’est ce qui évite les carreaux qui sonnent creux deux ans plus tard.

Les délais avant de carreler

Chaque support a son temps de maturation avant de recevoir une pose collée :

  • chape adhérente ou dallage : 1 mois minimum ;
  • chape désolidarisée : 15 jours minimum ;
  • plancher béton : 2 mois après enlèvement des étais ;
  • enduit ciment en mur : 3 semaines ;
  • béton en mur extérieur : 2 mois jusqu’à R+3, 3 mois au-delà.

Ces délais sont des minima. Le critère qui tranche, c’est l’humidité résiduelle, mesurée à la bombe à carbure sur un prélèvement pris dans toute l’épaisseur, pas en surface. On retient en général 4,5 % maximum pour une chape ciment et 1 % pour une chape anhydrite, seuil qui descend à 0,5 % dans les locaux les plus humides. Une chape anhydrite se ponce toujours pour retirer la laitance, puis reçoit un primaire : sans cette étape, le carrelage se décolle.

Enfin, la pose se fait entre +5 et +30 °C. En plein été dans une pièce fermée, ou en janvier dans une maison non chauffée, on sort du domaine d’emploi des colles.

Simple ou double encollage

Le double encollage consiste à peigner la colle sur le support et à en appliquer aussi au dos du carreau. Il devient obligatoire :

  • en mur intérieur, au-delà de 500 cm² ;
  • en sol intérieur, au-delà de 1 200 cm², et dès 500 cm² si le carreau absorbe moins de 0,5 % d’eau, ce qui est le cas de la plupart des grès cérame ;
  • en sol extérieur, systématiquement, sauf en mosaïque de moins de 50 cm² ;
  • sur les poteaux et les surfaces courbes.

L’objectif n’est pas la quantité de colle mais le contact : aucun vide sous le carreau, surtout sous les angles, là où les éclats commencent. La colle s’applique par surfaces de 1 à 2 m², pas plus, pour rester dans le temps ouvert du produit. Le choix de la colle se joue en parallèle, et j’y reviens dans le guide sur les classes de mortiers-colles.

Les joints ne sont pas une finition, ce sont des organes techniques

Le DTU fixe des largeurs minimales, souvent plus grandes que ce que les clients imaginent : 2 mm pour un carreau rectifié certifié, 4 mm pour un carreau pressé non certifié, 5 mm en sol extérieur, 6 mm pour la terre cuite et les carreaux étirés. Le joint absorbe les tolérances dimensionnelles du carreau et les mouvements du support. Un joint trop fin fait éclater les bords.

Il faut aussi réserver un joint périphérique de 5 mm au pied des murs, caché ensuite par les plinthes, et couper le carrelage par des joints de fractionnement : environ tous les 60 m² sur chape adhérente en intérieur, tous les 40 m² sur chape désolidarisée ou sur plancher chauffant, avec un joint systématique aux seuils de portes. En extérieur, les surfaces entre joints sont nettement plus petites, et les valeurs varient selon les sources : je cale toujours le calepinage sur la documentation du fabricant de colle du chantier.

Un joint de dilatation du gros oeuvre, lui, se reporte à l’identique dans le carrelage, avec un profilé. On ne carrelle jamais par-dessus.

Le résultat fini : ce qui est tolérable, ce qui ne l’est pas

C’est le point qui provoque le plus de désaccords en fin de chantier, alors autant donner les chiffres. Le désaffleurement admissible entre deux carreaux en sol collé vaut 0,5 mm plus le dixième de la largeur du joint, auquel s’ajoute la tolérance du carreau, dans la limite de 1,5 mm. Avec un joint de 4 mm, cela fait environ 0,9 mm. En mur, la formule retient le tiers de la largeur du joint, toujours plafonnée à 1,5 mm. L’alignement des joints, lui, tolère 2 mm sous la règle de 2 m.

À noter : en pose collée, le DTU ne fixe pas de planéité absolue pour le revêtement fini. La tolérance du carrelage est celle du support, cumulée à celle du carreau. Autrement dit, un sol mal préparé reste mal préparé sous le carrelage, et aucun carreleur ne peut le rattraper à la colle.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il attendre avant de carreler sur une chape ?

Une chape adhérente demande un mois minimum, une chape désolidarisée quinze jours. Ce sont des minima : le critère qui décide est l’humidité résiduelle mesurée à la bombe à carbure, environ 4,5 % pour une chape ciment et 1 % pour une chape anhydrite.

Le double encollage est-il obligatoire ?

Oui dans plusieurs cas : en mur au-delà de 500 cm², en sol au-delà de 1 200 cm², dès 500 cm² pour un carreau qui absorbe moins de 0,5 % d’eau, et systématiquement en extérieur hors mosaïque.

Quel écart de niveau entre deux carreaux est acceptable ?

En sol collé, 0,5 mm plus le dixième de la largeur du joint, plus la tolérance du carreau, sans dépasser 1,5 mm. Avec un joint de 4 mm, on est autour de 0,9 mm.

Peut-on carreler sur un ancien carrelage ?

C’est possible, mais cela sort du NF DTU 52.2 et relève de cahiers des prescriptions techniques du CSTB. Le support doit être sain, bien collé et dégraissé, avec un primaire d’accrochage et une colle adaptée.

Sources

Un doute sur l’état de votre support ? Je me déplace pour le regarder avant de chiffrer quoi que ce soit : demander un devis gratuit.

Marco Carvalho, artisan carreleur a Izon

Écrit par

Marco Carvalho

Artisan carreleur indépendant, Izon (33)

Marco pose et rénove le carrelage chez les particuliers comme chez les professionnels : salles de bain, douches à l'italienne, sols intérieurs, faïence et terrasses. Il intervient à Izon, dans le Libournais, à Bordeaux et dans un rayon de 50 km.